Maladies cardiaques à l’heure des voyages dans des destinations lointaines
Auteur:
Dr méd. Noel Gilian Panagiotides
Abteilung für Kardiologie
Universitätsklinik für Innere Medizin II
Medizinische Universität Wien
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Les voyages représentent pour le système cardiovasculaire un stress mesurable, mais souvent gérable. Les patient·es dont la maladie est stable peuvent généralement voyager en toute sécurité, à condition de tenir compte des facteurs de stress principaux tels que l’hypoxie, les conditions climatiques extrêmes, la pollution atmosphérique et la déshydratation. Les preuves disponibles étant limitées, l’évaluation clinique individuelle reste centrale. Une préparation structurée permet à la plupart des patients atteints de maladies cardiaques de rester mobiles, même à une époque où les voyages dans des destinations lointaines se multiplient.
Keypoints
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En l’absence de preuves solides disponibles, l’évaluation de la capacité des patients atteints de maladies cardiaques à voyager repose principalement sur des avis d’experts et des considérations physiologiques.
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C’est le degré de stabilité clinique qui est déterminant pour pouvoir voyager, et pas seulement le diagnostic sous-jacent.
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Les principaux facteurs de stress liés au voyage sont l’hypoxie, les conditions climatiques extrêmes, la pollution atmosphérique et la déshydratation.
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Avec une bonne préparation, la plupart des patients dont la maladie est stable peuvent voyager en toute sécurité.
Avec la mobilité croissante d’une population vieillissante, les patients atteints de maladies cardiovasculaires (CV) sont de plus en plus nombreux à voyager. Malgré la grande pertinence clinique, les preuves disponibles sur la capacité de ces patients à voyager sont limitées, en particulier concernant les voyages en avion. Les recommandations s’appuient principalement sur des considérations physiologiques, des données observationnelles et des avis d’experts.
On compte environ deux milliards de passagers aériens par an dans le monde, dont environ 5% souffrant d’une maladie chronique, ce qui représente environ 100 millions de personnes.1 Les urgences médicales à bord sont rares (≈18 par million de passagers aériens, mortalité: 0,21 par million), ne sont généralement pas graves et n’entraînent des déroutements de vol imprévus que dans des cas exceptionnels.2 Les événements CV représentent environ 7% de toutes les urgences médicales en vol et sont la cause la plus fréquente de décès liés au voyage.3,4 Dans le contexte d’un nombre absolu élevé de passagers, la question de la capacité à voyager en toute sécurité reste cliniquement pertinente.
Stress physiologique lié au voyage
Le principal facteur de stress lié au vol est la disponibilité réduite en oxygène en altitude. Dans les avions de ligne, la pression de la cabine est régulée à la pression équivalente régnant à environ 2400m d’altitude, ce qui peut entraîner une baisse de la saturation artérielle en oxygène jusqu’à environ 90–93%.4–6 Alors que cette hypoxie légère est généralement bien tolérée par les personnes en bonne santé, elle peut provoquer une activation du système nerveux sympathique chez les patients atteints de maladies cardiaques, avec une augmentation de la fréquence cardiaque et de la consommation en oxygène du myocarde.1,4,5 En fonction de la réserve cardiaque, une dyspnée, une fatigue ou un angor peut survenir.1
D’autres facteurs de stress pertinents sont la position assise prolongée, qui augmente le risque de maladie thrombo-embolique veineuse, ainsi que le manque de sommeil et le décalage horaire, qui peuvent influencer les mécanismes de régulation du système nerveux autonome. Des mesures préventives telles que la mobilisation, les exercices pour les jambes, le port de bas de contention et, pour les patients à haut risque, une prophylaxie médicamenteuse de la thrombose sont donc essentielles.
Conditions climatiques, environnement et équilibre hydro-électrolytique
Outre les conditions de vol mêmes, les facteurs climatiques et environnementaux de la destination jouent un rôle important. La chaleur extrême peut constituer un stress hémodynamique en raison de la vasodilatation et de la déshydratation, et peut favoriser la décompensation, en particulier chez les patients âgés ou souffrant d’insuffisance cardiaque.4 Le froid est lui associé à une augmentation de l’incidence des infections respiratoires, qui peuvent agir comme facteurs déclenchants d’événements cardiaques aigus.4,7La qualité de l’air est également importante sur le plan clinique. Une forte pollution atmosphérique est associée à une augmentation de la mortalité et des événements CV.8 Il est donc recommandé aux patients atteints de maladies cardiaques d’éviter autant que possible les régions fortement polluées et de s’informer au préalable sur la qualité de l’air (p.ex. cartes de qualité de l’air disponibles au public, https://aqicn.org/map/world/ ).4
Un facteur souvent sous-estimé est l’équilibre hydro-électrolytique. La diarrhée liée au voyage, la chaleur, la consommation d’alcool ou de café ainsi que les diurétiques peuvent rapidement entraîner une déshydratation. Chez les patients souffrant d’insuffisance cardiaque en particulier, cela peut déclencher une hypotension, des troubles de la fonction rénale ou une aggravation clinique.4 Une information ciblée des patients, axée sur le contrôle du poids, un apport hydrique suffisant et la détection des symptômes avant-coureurs, est donc essentielle.
Aspects spécifiques à la maladie
Les patients dont la maladie coronarienne est stable tolèrent généralement bien les voyages en avion. Des restrictions s’appliquent en cas de syndrome coronarien aigu récent ou de résistance à l’effort réduite.4,9 Il est recommandé d’éviter les voyages en avion dans les deux semaines suivant un infarctus du myocarde ou une intervention coronarienne percutanée (ICP); en cas d’évolution non compliquée, un voyage est généralement possible après environ deux semaines.4,9
Tab. 1:Aperçu des recommandations de voyage et de vol en cas de maladies cardiovasculaires et de situations cliniques fréquentes. Il n’existe pas de preuves randomisées pour la plupart des recommandations; elles sont basées sur des considérations physiopathologiques, l’expérience clinique et un consensus d’experts. L’évaluation individuelle du degré de stabilité clinique reste déterminante
En cas d’insuffisance cardiaque, le degré de stabilité clinique est déterminant. Les patients souffrant d’insuffisance cardiaque de classe I et II de la NYHA peuvent généralement voyager sans restriction.4,9 Chez ceux souffrant d’insuffisance cardiaque de classe III de la NYHA, une évaluation individuelle des risques est nécessaire, en tenant compte, le cas échéant, de la disponibilité d’oxygène à bord. Les patients souffrant d’insuffisance cardiaque de classe IV de la NYHA ou décompensée ne doivent pas voyager.4,9 Après une décompensation aiguë, il est recommandé d’attendre au moins six semaines après la sortie de l’hôpital et la fin de la réadaptation.4,9 Une planification minutieuse est nécessaire pour les groupes de patients particuliers tels que ceux portant un dispositif d’assistance ventriculaire gauche (LVAD) ou ayant subi une transplantation cardiaque.4,9
Les voyages avec un LVAD sont possibles après la sortie de l’hôpital et la réadaptation si la maladie est stable, mais ils doivent être organisés en étroite collaboration avec le centre de suivi. Après une transplantation cardiaque, il est déconseillé de voyager pendant la première année; ensuite, les voyages sont généralement possibles si la fonction organique est stable. Après la mise en place d’un dispositif automatique implantable (ICD) ou d’un stimulateur cardiaque pour thérapie de resynchronisation cardiaque (CRT), un délai d’au moins deux semaines doit être respecté.4,9
Contre-indications
Les contre-indications claires aux voyages aériens sont les suivantes: syndrome coronarien aigu, angor instable sans diagnostic posé ni traitement achevé, opérations cardiaques ou interventions au niveau des valves cardiaques récentes, pneumothorax, arythmies significatives non traitées et hypertension pulmonaire non contrôlée.4,9
Tab. 2: Résumé les principaux facteurs de stress liés au voyage qui peuvent avoir une pertinence clinique chez les patients atteints de maladies cardiovasculaires
Préparation et point de vue clinique
Indépendamment de la maladie sous-jacente, une préparation structurée est essentielle. Il s’agit notamment d’avoir avec soi une quantité suffisante de médicaments dans son bagage à main, une liste actualisée des médicaments, les résultats d’examens pertinents ainsi qu’une carte de porteur de stimulateur cardiaque ou d’ICD. Les vaccinations contre la Covid-19, la grippe et les pneumocoques doivent être vérifiées et, le cas échéant, effectuées. Il est également important d’évaluer la qualité des soins dans le pays de destination, car une aggravation de la maladie sous-jacente peut survenir indépendamment du voyage. D’un point de vue clinique, l’objectif ne doit pas être d’interdire strictement aux patients atteints de maladies CV de voyager. Il s’agit plutôt d’effectuer une évaluation individuelle et réaliste des risques, de traiter les facteurs modifiables ainsi que de permettre une mobilité sûre et éclairée.
Littérature:
1 Katoch T et al.: Future Cardiol 2024; 20: 651-60 2 Borges do Nascimento I et al.: Am J Emerg Med 2021; 48: 156-64 3 Koh CH: Curr Probl Cardiol 2021; 46: 100746 4 von Haehling S et al.: Nat Rev Cardiol 2022; 19: 302-13 5 Parati G et al.: Eur Heart J 2018; 39: 1546-54 6 Cottrell JJ et al.: Inflight arterial saturation: continuous monitoring by pulse oximetry. Aviat Space Environ Med 1995; 66: 126-30 7 McCormack MC et al.: Eur Respir J 2017; 49: 1601501 8 Pope CA et al.: JAMA 2002; 287: 1132-41 9 Hammadah M et al.: Clin Cardiol 2017; 40: 660-6
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