Souvent, une antibioprophylaxie n’est pas nécessaire
Compte-rendu:
Dre Corina Ringsell
Rédactrice
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La question de savoir si une antibioprophylaxie est nécessaire lors des interventions endoscopiques, en particulier au niveau du tractus gastro-intestinal, fait toujours l’objet de débats, notamment en raison des données d’études limitées. La Société Suisse de Gastroentérologie (SSG) a publié en 2025 des recommandations thérapeutiques («expert opinion statements», EOS) destinées à servir de guide pour l’utilisation de l’antibioprophylaxie lors des interventions endoscopiques du tractus gastro-intestinal.1
Keypoints
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Une antibioprophylaxie peut être envisagée chez les personnes présentant un risque élevé d’endocardite infectieuse.
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Le risque de syndrome post-polypectomie (PECS) peut être réduit par la prise d’antibiotiques.
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En règle générale, aucune mesure préventive n’est nécessaire lors des prélèvements tissulaires guidés par écho-endoscopie.
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Une prophylaxie est recommandée chez les patients sous dialyse péritonéale, en cas de cirrhose hépatique accompagnée d’hémorragies gastro-intestinales aiguës, ainsi qu’en cas d’immunosuppression.
Risque de bactériémie et d’endocardite infectieuse
La Société Suisse de Gastroentérologie élaboré les EOS sur l’antibioprophylaxie lors des interventions endoscopiques en gastroentérologie en collaboration avec la Société Suisse d’Infectiologie et le «Swiss Expert Group on Infective Endocarditis Prevention».
L’intervention au cours ou à la suite de laquelle une bactériémie survient le plus fréquemment est la dilatation œsophagienne (34 à 54%), suivie de la sclérothérapie des varices œsophagiennes (4 à 56%) et de la cholangio-pancréatographie rétrograde endoscopique (ERCP; 11 à 18%). Bien qu’elle survienne fréquemment pendant ou après de telles interventions, la bactériémie n’a, dans la plupart des cas, pratiquement aucune conséquence. L’endocardite infectieuse (EI) constitue toutefois une complication.1
Une étude britannique publiée en 2020 sur l’incidence de l’EI a révélé une nette augmentation après 2009.2 Une explication possible serait qu’il pourrait y avoir un lien avec la mise à jour, en 2009, des recommandations de l’European Society of Cardiology (ESC) sur la prévention de l’EI. Dans cette étude, l’antibioprophylaxie n’était pas recommandée lors des interventions endoscopiques en gastroentérologie.3 Une autre étude menée au Royaume-Uni a examiné tous les cas d’endocardite survenus entre 2010 et 2016, et leur lien temporel avec certaines interventions, notamment les interventions endoscopiques du tractus gastro-intestinal. Une relation significative a été mise en évidence entre une EI et une endoscopie réalisée au cours des trois mois précédents (tractus gastro-intestinal supérieur: OR: 1,58; p<0,001; tractus gastro-intestinal inférieur: OR: 1,66; p<0,001).4
Selon les recommandations de 2023 de l’ESC, une antibioprophylaxie peut être envisagée chez les patients présentant un risque élevé d’EI et devant subir une intervention invasive.5
Identification des patients à haut risque
Selon les EOS, les personnes présentant un risque élevé d’EI sont1:
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les patients ayant des antécédents d’EI
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les patients ayant subi un remplacement valvulaire cardiaque (biologique ou mécanique), y compris l’implantation transcathéter d’une valve aortique (TAVI)
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les patients atteints de cardiopathie congénitale (CHD), non traités et six mois après un traitement
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les patients atteints de CHD, lorsqu’il subsiste un shunt résiduel après le traitement
Pour ces patients, les EOS préconisent une prophylaxie par une dose unique de 2,2g d’amoxicilline/acide clavulanique par voie intraveineuse 30 à 60minutes avant l’intervention. Chez les patients allergiques à la pénicilline, il est recommandé d’administrer 1g de vancomycine en perfusion intraveineuse lente pendant au moins 60minutes (Tab.1).1
«Post-EMR/ESD coagulation syndrome» (PECS)
Le PECS, également appelé syndrome post-polypectomie, est une complication relativement récente qui survient dans jusqu’à 40% des cas après une résection endoscopique colorectale majeure. Les symptômes sont les suivants: douleurs, péritonite locale, fièvre et élévation des marqueurs inflammatoires. Les facteurs de risque sont une taille de polype supérieure à 20mm, une morphologie plate et une hypertension.1
Deux études randomisées ont examiné l’effet d’une antibioprophylaxie sur le PECS et ont montré qu’elle pouvait réduire son incidence.6,7 Les EOS préconisent l’administration de 1,5g de céfuroxime par voie intraveineuse 30minutes avant l’intervention et à nouveau six heures après (Tab. 1).1
Prélèvement tissulaire guidé par écho-endoscopie (EUS-FNA/FNB)
Une revue systématique portant sur 51 études, regroupant au total près de 11000 patients, a analysé les taux de complications et de mortalité associés aux ponctions à l’aiguille fine guidées par écho-endoscopie (EUS-FNA). Il s’est avéré que cette méthode était sûre. La morbidité spécifique s’élevait à 0,98%. L’analyse de sous-groupes a révélé un taux plus élevé de kystes pancréatiques. Le risque d’infection était également faible (0,05%), mais il était plus élevé pour les kystes (1 à 14%, selon les études) que pour les lésions solides (0,01 à 2%).8 Une étude randomisée portant sur 205 patients a comparé les taux d’infection des EUS-FNA en cas de kystes pancréatiques sous antibioprophylaxie à ceux observés sous placebo. Aucune différence n’a été observée entre les deux groupes.9 Une méta-analyse portant sur six études et un total d’environ 1700 patients est parvenue à la même conclusion.10
Les EOS ne préconisent donc aucune antibioprophylaxie lors d’une EUS-FNA/B de lésions pancréatiques solides et suggèrent qu’il est possible de s’en passer en cas de kystes pancréatiques.1
Les EOS sont légèrement différentes en cas de lésions médiastinales. Il est vrai qu’ici aussi, en cas d’EUS-FNA de lésions solides, aucune prophylaxie n’est recommandée, sauf chez les patients atteints de sarcoïdose. En cas de kystes, il convient toutefois d’administrer une antibioprophylaxie avant l’EUS-FNA et trois jours après.1
Situations particulières
Une antibioprophylaxie est recommandée chez les patients sous dialyse péritonéale qui subissent une coloscopie (notamment avec polypectomie). Il en va de même chez les patients immunodéprimés (p.ex. après une transplantation d’organe ou en cas d’infection par le VIH), en cas de neutropénie sévère (neutrophiles <500/ml) et de maladies hématologiques avancées.1
Il existe en outre un risque accru d’infection chez les patients atteints de cirrhose hépatique et présentant des hémorragies gastro-intestinales aiguës. Il convient donc d’instaurer une prophylaxie et de la poursuivre pendant sept jours après l’intervention.1
Toutes les EOS sur l’antibioprophylaxie sont résumées dans le Tableau 1.
Tab. 1: Recommandations sur l’antibioprophylaxie lors des interventions endoscopiques du tractus gastro-intestinal (modifié selon Manz M et al. 2025)1
Contexte des EOS
Dans le cadre des mesures de l’OFSP visant à freiner la hausse des coûts dans l’assurance obligatoire des soins, la SSG s’est donné pour but en 2018 d’élaborer régulièrement des recommandations de traitement («expert opinion statements», EOS) sur des thèmes relevant de la gastroentérologie et de l’hépatologie. Les EOS doivent être rédigées en anglais, être pertinentes sur le plan clinique et concises.
Les thèmes sont proposés et déterminés par les groupes spécialisés du groupe de travail EOS (GT-EOS) d’entente avec les éditeurs et le comité de la SSG. Il existe actuellement quatre groupes spécialisés: l’endoscopie, l’hépatologie, les maladies inflammatoires chroniques de l’intestin (MICI) et les maladies fonctionnelles de l’intestin. D’autres groupes spécialisés peuvent au besoin être convoqués par les éditeurs du GT-EOS d’entente avec le comité de la SSG.
Source:
Exposé «Antibiotic prophylaxis in GI endoscopy» par le Dr méd. Remus Frei de Saint-Gall, congrès 2025 de la SSG, du 11 au 12 septembre 2025, à Interlaken
Littérature:
1 Manz M et al.: PRAXIS 2025; 114 (4): 137-43 2 Thornhill MH et al.: Lancet 2020; 395(10233): 1325-7 3 Habib G et al.: Eur Heart J 2009; 30(19): 2369-413 4 Thornhill MH et al.: Heart 2023; 109(3): 223-31 5 Delgado V et al.: Eur Heart J 2023; 44(39): 3948-4042 6 Zhang QS et al.: World J Gastroenterol 2015; 21(15): 4715-21 7 Lee SP et al.: Gastrointest Endosc 2017; 86(2): 349-57 8 Wang KX et al.: Gastrointest Endosc 2011; 73(2): 283-90 9 Colán-Hernández J et al.: Gastroenterology 2020; 158(6): 1642-9.e1 10 Palomera-Tejeda E et al.: Pancreas 2021; 50(5): 667-72
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