Diagnostic de la SLA: des biomarqueursà la cognition et au comportement
Compte-rendu:
Dr rer. nat. Torsten U. Banisch
L’hétérogénéité de la sclérose latérale amyotrophique (SLA) ne facilite pas le diagnostic. À cela s’ajoute le fait que la pathogenèse n’est toujours pas bien comprise et que les symptômes précoces se chevauchent avec ceux d’autres maladies.
La SLA est une maladie neurodégénérative hétérogène qui touche principalement le système moteur et entraîne une dégénérescence progressive des neurones moteurs.1,2 Les symptômes cliniques des lésions des neurones moteurs supérieurs sont une augmentation du tonus musculaire (spasticité), des mouvements non coordonnés, une augmentation ou une hyperactivité des réflexes tendineux et une paralysie pseudobulbaire, tandis que les lésions des neurones moteurs inférieurs se manifestent sous la forme d’une atrophie musculaire, d’une faiblesse musculaire, d’une diminution du tonus musculaire, de fasciculations et d’une diminution des réflexes tendineux.3–5
Génétique sous-jacente et nouveaux biomarqueurs
La pathogenèse de la SLA n’est pas entièrement clarifiée, mais plusieurs voies de signalisation moléculaires sont impliquées, lesquelles entraînent notamment des modifications du métabolisme de l’ARN, du transport nucléocytoplasmique ou de l’autophagie et favorisent la formation d’agrégats de protéines. Jusqu’à présent, plus de 40 gènes responsables ont été identifiés, parmi lesquels le «chromosome 9 open reading frame 72»(C9orf72), les gènes codant pour la protéine de liaison à l’ADN TAR (TARDBP), la superoxyde dismutase 1(SOD1) ainsi que la «fused in sarcoma» (FUS).6,7 Les progrès actuels de la recherche clinique ont également permis d’identifier des biomarqueurs de la SLA. Les chaînes légères des neurofilaments (NfL) constituent le marqueur le mieux validé à ce jour. Il permet de bien refléter l’évolution de la maladie et est en corrélation avec la durée de survie.8,9 En outre, les protéines associées aux processus liés à la SLA, telles que la ribonucléoprotéine hnRNP A1, sont étudiées comme biomarqueurs potentiels.10–13 Certains microARN (miARN), tels que miR-206, miR-214, miR-374n-5p et miR-143-3p, gagnent également en importance comme marqueurs diagnostiques et pronostiques potentiels.14,15
Outils diagnostiques standardisés pour un diagnostic précoce de la SLA
La variabilité clinique de la SLA constitue à elle seule un défi diagnostique. À cela s’ajoute le fait qu’un diagnostic précoce est essentiel pour un traitement optimal. Il s’écoule cependant encore en moyenne 10 à 15 mois entre la survenue des premiers symptômes et le diagnostic de la SLA. Cela s’explique par le fait que de nombreuses autres maladies présentent des symptômes précoces similaires et que les patient·es ne consultent que rarement un neurologue dès le début des symptômes.16–18 Il en résulte un retard de diagnostic, souvent accompagné d’examens diagnostiques ainsi que de traitements superflus et douloureux. L’utilisation de nouveaux outils diagnostiques simplifiés et standardisés, tels que les critères d’El Escorial révisés, doit permettre de remédier à cette situation.18 ThinkALS est l’un de ces nouveaux outils diagnostiques qui favorisent l’orientation précoce des personnes concernées vers les neurologues, aident à prévenir les interventions inutiles et permettent ainsi un accès plus rapide aux traitements modificateurs de la maladie.19
Après l’anamnèse initiale et le recueil des symptômes, des examens électrophysiologiques et des analyses de laboratoire doivent généralement être effectués dans le cadre du diagnostic de la SLA afin d’exclure d’autres maladies. Une IRM médullaire est toutefois décisive pour exclure une hernie discale ou une compression médullaire. Il convient ensuite d’appliquer les critères d’El Escorial, qui permettent de déterminer la présence d’un trouble fonctionnel et de classer, selon le tableau clinique et les résultats à l’électromyographie, la présence d’une SLA comme «possible», «probable», «probable selon les résultats de laboratoire» et «définie».20 La SLA peut ainsi être détectée et traitée dès les stades précoces. Un examen neurologique détaillé doit ensuite être effectué.
Cognition et comportement: composantes critiques du diagnostic de la SLA
Outre les critères diagnostiques décrits, 35 à 50% des patient·es atteint·es de SLA présentent des changements comportementaux et cognitifs précoces au cours de la maladie. Le recueil des symptômes cognitifs n’est pas seulement utile pour le diagnostic, il permet aussi de suivre l’évolution de la maladie et fournit des informations sur le traitement clinique.21,22 Pour évaluer les troubles cognitifs, il convient d’utiliser l’ALS Cognitive Behavioral Questionnaire, qui examine la cognition sociale, les dysfonctionnements exécutifs et les troubles du langage. L’ALS FTD Questionnaire (ALS-FTD-Q) et le Beaumont Behavioral Inventory constituent d’autres outils de mesure.23 Comme les symptômes cognitifs évoluent au cours de la maladie, il est indispensable de les évaluer régulièrement afin d’optimiser la prise en charge des patient·es.24
En résumé, de nouveaux outils diagnostiques standardisés, y compris des tests cognitifs et des biomarqueurs améliorés, peuvent réduire le délai entre la survenue des symptômes précoces et le diagnostic de la SLA, et permettre à l’avenir une meilleure prédiction de la SLA ainsi qu’un choix optimisé du traitement.
Source:
González-Sánchez M et al.: Pathophysiology, clinical heterogeneity, and therapeutic advances in Amyotrophic Lateral Sclerosis: a comprehensive review of molecular mechanisms, diagnostic challenges, and multidisciplinary Management Strategies. Life (Basel). 2025; 15(4): 647
Littérature:
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