Diagnostic microbiologique des infections des plaies
Auteur:
Pr Dr méd. Ojan Assadian, MSc, DTMH
Universitätsklinikum Wiener Neustadt
Danube Private University
Wiener Neustadt
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Le diagnostic microbiologique des infections des plaies peut, lorsqu’il est utilisé de manière appropriée, constituer un élément essentiel de la prise de décision clinique dans le cadre du traitement des infections des plaies. Le choix de la méthode d’examen dépend de la question clinique posée et des conséquences attendues des résultats.
Keypoints
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Le diagnostic microbiologique des infections des plaies nécessite une indication claire.
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Le choix de la méthode dépend de la question clinique et des conséquences attendues.
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Alors que le diagnostic classique par culture reste l’étalon-or, les méthodes moléculaires gagnent de plus en plus en importance.
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La distinction entre diagnostic clinique et diagnostic épidémiologique doit toujours être prise en compte lors de l’interprétation des résultats.
Avant toute mesure diagnostique, il convient toutefois de clarifier l’objectif poursuivi: s’agit-il de traiter de manière ciblée un·e patient·e présentant une infection potentielle ou de détecter des agents pathogènes multirésistants (ERM) afin de prévenir les transmissions nosocomiales? La priorité est-elle donnée à un traitement antimicrobien préventif visant à empêcher la progression d’une infection clinique, ou au traitement ciblé d’une suspicion d’infection?1 Ces distinctions sont essentielles, car elles influencent de manière déterminante le choix des méthodes diagnostiques et les conséquences thérapeutiques.2
Indications pour un diagnostic microbiologique
L’examen microbiologique d’une plaie ne doit pas être réalisé par réflexe, mais doit reposer sur une indication clinique. Les questions suivantes doivent être prises en compte:
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Existe-t-il une infection de la plaie cliniquement manifeste nécessitant un traitement antimicrobien ciblé, que ce soit par antisepsie locale ou par administration d’antibiotiques par voie systémique?
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La mise en évidence d’un agent pathogène est-elle nécessaire pour initier ou adapter un traitement anti-infectieux ciblé?
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L’examen microbiologique doit-il servir à identifier des ERM qui ne provoquent pas encore de symptômes cliniques, mais qui présentent une importance épidémiologique?3
Un diagnostic microbiologique n’est pertinent que s’il entraîne une conséquence thérapeutique ou hygiénique. Une détection purement exploratoire sans conséquences concrètes doit être évitée, car elle représente un gaspillage de ressources cliniques et peut, dans certaines situations, conduire à des mesures thérapeutiques ou diagnostiques supplémentaires non indiquées.
Importance de la détection d’agents pathogènes dans les plaies chroniques
Les plaies chroniques sont souvent colonisées par une flore polymicrobienne, sans que cela signifie nécessairement la présence d’une infection cliniquement pertinente. La détection d’agents pathogènes dans une plaie chronique ne suffit donc pas, à elle seule, pour diagnostiquer une infection ni pour justifier un traitement antibiotique.4
L’opinion actuelle des spécialistes met l’accent sur les critères cliniques pour évaluer une infection, notamment sur les signes inflammatoires dits classiques (rougeur, échauffement, tuméfaction, douleur, perte de fonction), ainsi que sur les signes spécifiques d’infection de plaie tels qu’un retard de cicatrisation, une augmentation de l’exsudation, une modification de l’odeur ou la présence de formations de poches ou de nécroses.5
Méthodes de diagnostic microbiologique
Le choix de la méthode d’examen dépend de la question clinique posée et des conséquences attendues des résultats. Aperçu des principales méthodes:
1. Culture bactérienne
La méthode classique de culture microbiologique reste l’étalon-or pour la détection des agents pathogènes bactériens. Elle permet:
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l’identification des agents pathogènes par des méthodes morphologiques, biochimiques et de spectrométrie de masse (p.ex. MALDI-TOF MS),
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la réalisation d’un antibiogramme afin de déterminer le profil de résistance,
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la détection d’infections mixtes par des cultures semi-quantitatives ou quantitatives.
Ses avantages résident dans la grande spécificité et la standardisation de la méthode. Cependant, la culture nécessite entre 24 et 72 heures selon l’agent pathogène, et tous les micro-organismes ne peuvent pas être cultivés de manière fiable.
2. Coloration de Gram
La coloration de Gram est une méthode presque tombée dans l’oubli, mais rapide à réaliser, permettant une première orientation sur la colonisation microbienne de la plaie. Elle permet:
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une première distinction entre bactéries à Gram positif et à Gram négatif,
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une estimation de la densité bactérienne (un indice d’infection en cas de croissance massive),
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la détection de flores mixtes ou d’agents pathogènes dominants.6
On oublie souvent que la coloration de Gram peut également mettre en évidence des champignons, bien qu’avec certaines limites. Au microscope, les champignons apparaissent généralement sous forme de grandes structures à Gram positif (colorées en violet), car leurs parois cellulaires sont constituées de chitine, qui retient les colorants de manière similaire aux bactéries à Gram positif. Cependant, la coloration de Gram n’est pas spécifique aux champignons et elle est moins sensible que des colorations fongiques spécifiques telles que la coloration PAS («periodic acid Schiff») ou la co-loration GMS (Gro-cott-Gömöri-méthénamineargent). C’est pourquoi, pour la détection ciblée de champignons dans les prélèvements de plaies, une culture fongique spécifique ou des méthodes de biologie moléculaire comme la PCR sont généralement recommandées.
La coloration de Gram est rapidement disponible et peut être réalisée immédiatement après le prélèvement de l’échantillon. Toutefois, elle ne permet pas une identification spécifique de l’agent pathogène et dépend fortement de l’expérience de l’examinateur.
3. Méthodes de biologie moléculaire
Les méthodes modernes de biologie moléculaire offrent un diagnostic rapide et précis, en particulier pour les agents pathogènes difficiles à cultiver ou multirésistants. Les principales techniques comprennent:
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PCR (réaction en chaîne par polymérase): détection directe de l’ADN ou de l’ARN de l’agent pathogène en quelques heures7
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Next-GenerationSequencing (NGS): analyse complète de la composition microbienne et des gènes de résistance
Ces méthodes sont très sensibles et rapides, mais elles sont coûteuses et ne sont pas toujours nécessaires dans le cadre du diagnostic de routine. Il faut en outre toujours garder à l’esprit que leur détection renseigne sur la présence d’un génome correspondant, mais pas sur l’existence de micro-organismes viables capables de se multiplier. Les méthodes moléculaires peuvent néanmoins être particulièrement précieuses chez les patient·es présentant des infections graves ou lorsque l’identification de l’agent pathogène reste incertaine, afin de permettre l’instauration précoce d’un traitement ciblé.
Diagnostic clinique versus diagnostic épidémiologique
Alors que le diagnostic clinique vise à soutenir le traitement ciblé d’une infection existante chez un·e patient·e donné·e, le diagnostic épidémiologique sert avant tout à prévenir les infections nosocomiales dues aux ERM. Dans ce contexte, la règle est la suivante:
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En cas d’infections de plaies cliniquement symptomatiques, le diagnostic microbiologique doit soutenir un traitement ciblé.
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La détection d’ERM (p.ex. SARM, ERV) est pertinente pour les mesures d’isolement et pour prévenir la propagation des agents pathogènes,même si le·la patient·e ne présente pas (encore) de symptômes cliniques.
Frottis de plaie versus biopsie tissulaire
Le choix de la méthode de prélèvement influence de manière déterminante la qualité du diagnostic microbiologique. Dans la pratique, on utilise le plus souvent des frottis de plaie et plus rarement des biopsies tissulaires (Tab.1). Alors que le frottis de plaie est fréquemment utilisé en routine, la biopsie tissulaire fournit des résultats plus représentatifs, en particulier en cas d’infections profondes ou de plaies chroniques.
Littérature:
1 Leaper D et al.: Approach to chronic wound infections. Br J Dermatol 2015; 173(2): 351 2 Dissemond J et al.: Therapeutic index for local infections score validity: a retrospective European analysis. J Wound Care 2020; 29(12): 726-34 3 Lipsky BA et al.: Guidelines on the diagnosis and treatment of foot infection in persons with diabetes (IWGDF 2019 update). Diabetes Metab Res Rev 2020; 36(1): e3280 4 Bowler PG et al.: Wound microbiology and associated approaches to wound management. Clin Microbiol Rev 2001; 14(2): 244-69 5 Dissemond J.: Diagnostik und Therapie lokaler Wundinfektionen. Z Gerontol Geriat 2023; 56(1): 48-52 6 Malone M, Schultz G: Challenges in the diagnosis and management of wound infection. Br J Dermatol 2022; 187(2): 159-66 7 S2k-Leitlinie: Kalkulierte parenterale Initialtherapie bakterieller Erkrankungen bei Erwachsenen. Update 2019. https://register.awmf.org/de/leitlinien/detail/082-006; dernier accès le 14.4.2025
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