Accès à la prévention cardiovasculaire en Suisse
Auteure: PD Dre méd. Elena Tessitore
Service de Cardiologie
Hôpitaux Universitaires de Genève
E-mail: elena.tessitore@hcuge.ch
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L’accès à la prévention cardiovasculaire progresse grâce à une sensibilisation croissante du public et à l’engagement des professionnels de santé. Il reste crucial de renforcer le dépistage, la promotion d’un mode de vie sain et la prise en charge des facteurs de risque cardiovasculaire. Le calcul du score de risque cardiovasculaire doit être encouragé pour promouvoir une prévention primaire. La prévention cardiovasculaire secondaire nécessite l’éducation du patient pour éviter les rechutes, le contrôle de tous les facteurs de risque cardiovasculaire et l’encouragement à l’adhérence au traitement.
Keypoints
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Améliorer le dépistage, la sensibilisation et le contrôle des facteurs de risque cardiovasculaire à chaque consultation médicale.
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Calculer le score de risque cardiovasculaire en prévention primaire (SCORE2, SCORE2-OP et SCORE2-Diabetes).
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Promouvoir la réhabilitation cardiaque et soutenir l’adhérence médicamenteuse en prévention secondaire.
Les maladies cardiovasculaires restent la première cause de mortalité en Suisse, représentant 28% des décès annuels, suivies par le cancer (24%).1
La prévalence des maladies cardiovasculaires en Suisse atteint environ 20,2% des adultes suisses avec un âge supérieur à 15 ans selon les données de 2022, et avec des écarts marqués selon le niveau d’éducation: 35,4% chez les personnes n’ayant qu’une scolarité obligatoire contre 16,1% pour un diplôme tertiaire.2 Concernant les facteurs de risque cardiovasculaire, l’Office fédéral de la statistique, a reporté en 2022 que 20% de la population suisse souffrait d’hypertension ou prenait un médicament contre l’hypertension et ce pourcentage augmente avec l’âge. Par rapport à la dyslipidémie, 15% de la population suisse avait, en 2022, un taux trop élevé de cholestérol ou prenait un médicament contre le cholestérol, avec aussi une proportion croissante avec l’âge.1 Le diabète de type 2 atteint 12% des personnes de 65 ans et plus, les hommes de cette classe d’âge étant plus fréquemment touchés que les femmes (16% contre 9%).3 L’obésité touche 12,1% des adultes et le surpoids 30,9% de la population suisse.4 Le tabagisme reste un facteur de risque important en Suisse, touchant 30% des jeunes avec un âge compris entre 20 et 24 ans, selon les données de 2022.5
La prévention cardiovasculaire reste donc un pilier majeur en Suisse. Les hospitalisations évitables pour insuffisance cardiaque ont presque doublé entre 1999 et 2018, suggérant que les soins ambulatoires et préventifs pourraient être renforcés.6
Il est important de souligner que des disparités régionales persistent: les mesures de prévention varient significativement d’un canton à l’autre, ce qui met en évidence la nécessité d’implémenter les stratégies de prévention cardiovasculaire primaire et secondaire dans la médecine de premiers recours.7
Le vieillissement de la population accroît la demande en soins cardiovasculaires complexes, surtout concernant la prévention secondaire, ce qui augmente les coûts. Des études suisses montrent toutefois que les modèles de soins intégrés pourraient réduire les hospitalisations liées aux maladies cardiovasculaires et diminuer les coûts associés.8
Finalement, les disparités de genre constituent un enjeu majeur: les femmes avec une maladie cardiovasculaire restent moins diagnostiquées et moins fréquemment prises en charge par des interventions invasives, malgré un pronostic parfois plus défavorable par rapport aux hommes.9
Calculer le risque cardiovasculaire
Prévention primaire
La prévention primaire est assurée majoritairement par les médecins généralistes, axée sur le dépistage des facteurs de risque (tabac, obésité, sédentarité, hypertension, dyslipidémie) et les interventions sur le mode de vie. L’évaluation du risque cardiovasculaire peut être calculée dans la population générale en bonne santé, sans facteurs de risque cardiovasculaire connus: chez les hommes >40 ans et chez les femmes >50 ans ou les femmes ménopausées.10
Les outils principaux incluent les scores «SCORE2», «SCORE2-OP» et «SCORE2-Diabetes», qui estiment le risque à 10 ans d’événements cardiovasculaires fatals et non fatals.11 Ces scores, validés par la Société Européenne de Cardiologie, prennent en considération le pays d’origine européen (risque faible, risque modéré, risque élevé ou risque très élevé), le sexe, l’âge, le tabagisme, la pression artérielle systolique, ainsi que le cholestérol total et le cholestérol HDL, et estiment en pourcentage le risque actuel d’événement cardiovasculaire au cours des 10 prochaines années (Fig.1).
Il convient également de souligner le score GSLA, un outil de prédiction spécifique à la Suisse élaboré par la «Swiss Atherosclerosis Association».12 Ce score estime, chez les adultes en bonne santé âgés de 20à 69 ans et sans diabète, le risque absolu sur 10 ans de survenue d’un événement coronarien fatal ou d’un infarctus du myocarde non fatal, exprimé en pourcentage. Le score GSLA se distingue par son adaptation au contexte suisse, tenant compte des caractéristiques épidémiologiques locales, et constitue ainsi un complément pertinent aux scores internationaux, tels que le SCORE, et aide à orienter les stratégies de prévention primaire.
Prévention secondaire
La prévention secondaire est menée par les cardiologues et des équipes multidisciplinaires dans des programmes spécialisés de réadaptation cardiovasculaire. Dans la prévention secondaire le score «SMART-RISK» permet d’estimer le risque de récidive à 10 ans et à vie chez les patients ayant subi un évènement cardiovasculaire établi.13
Un autre score utile à appliquer dans la prévention secondaire est le score «SMART-REACH», qui estime le risque à vie et l’effet du traitement jusqu’à 90 ans, si des soins standard sont fournis, pour les patients atteints de maladies cardiovasculaires en Europe occidentale et en Amérique du Nord.14
Réadaptation cardiaque
La participation à un programme de réadaptation cardiaque est recommandée pour tous les patients ayant présenté des événements cardiovasculaires athérosclérotiques et/ou ayant bénéficié d’une revascularisation, ainsi que pour les patients atteints d’insuffisance cardiaque, afin d’améliorer les «outcomes» cliniques des patients (classe I, niveau d’évidence A).15 La réadaptation cardiaque constitue un programme global, individualisé sur les besoins du patient, intégrant une approche multidisciplinaire.16,17 La Suisse dispose de plus de 70 programmes ambulatoires et 15 programmes stationnaires, tous soumis à des audits de qualité réguliers. Malgré l’indication classe IA , la participation aux programmes de réhabilitation cardiaque reste suboptimale, avec seulement 68% des patients éligibles qui s’inscrivent, et 80% qui ne parviennent pas à maintenir leurs objectifs d’exercice après un an. De plus, les femmes sont sous-représentées, représentant entre 21 et 32% des participants.18 La mise en place de stratégies ciblées pour renforcer l’engagement des patients, notamment par des interventions davantage personnalisées et par l’intégration de la réadaptation cardiaque via des applications mobiles, s’impose comme un axe de développement important. Bien que la Suisse ait mis en place un réseau robuste de programmes de réadaptation cardiovasculaire, des efforts supplémentaires sont nécessaires pour surmonter les obstacles à la participation et garantir une prise en charge équitable et de qualité pour tous les patients.
Prévention tertiaire
Il convient également de citer la prévention tertiaire, qui englobe l’ensemble des mesures visant à réduire les conséquences à long terme d’une maladie chronique. Ces interventions, souvent nécessaires tout au long de la vie, ont pour objectif de promouvoir un mode de vie sain et de limiter la progression de la maladie. Les maladies cardiovasculaires constituent un exemple emblématique de prévention tertiaire.19 Il est bien établi que les modifications du mode de vie, comme un bon contrôle du profil tensionnel, une alimentation équilibrée, une activité physique régulière, l’arrêt du tabac et la diminution du stress, doivent être maintenues tout au long de la vie, pour freiner la progression de l’athérosclérose, améliorer la qualité de vie des patients, et réduire les coûts de santé.
Lacunes persistentes
La Suisse montre un engagement institutionnel fort en faveur de la prévention cardiovasculaire, mais des lacunes existent en matière de participation, d’équité et d’adhésion à long terme. C’est pour cela que la stratégie nationale pour la prévention des maladies non transmissibles, pilotée par l’Office fédéral de la santé publique, a été prolongée jusqu’en 2028 avec un plan d’action établi (Fig.2). Maintenir la durabilité et l’égalité d’accès à la prévention cardiovasculaire constitue un enjeu de premier plan pour la Suisse dans les prochaines décennies. Pour renforcer la prévention et la prise en charge des maladies cardiovasculaires, il est impératif d’étendre l’accès à la prévention primaire, de réduire les disparités liées au sexe dans la participation aux programmes de réadaptation et d’assurer la mise en œuvre des recommandations cliniques de prévention. La combinaison de ces mesures pourrait significativement renforcer l’efficacité des stratégies de prévention et de réadaptation cardiovasculaire à l’échelle nationale.
Littérature:
1 Office fédéral de la statistique: Maladies cardiovasculaires. https://www.bfs.admin.ch/bfs/fr/home/statistiques/sante/etat-sante/maladies/cardiovasculaires.html ; dernier accès le 23.10.2025 2 FSO – Swiss Health Survey: Cardiovascular Diseases: prevalence (age: 15+). https://ind.obsan.admin.ch/en/indicator/monam/cardiovascular-diseases-prevalence-age-15 ; dernier accès le 23.10.2025 3 Office fédéral de la statistique: Maladies cardiovasculaires. https://www.bfs.admin.ch/bfs/fr/home/statistiques/sante/etat-sante/maladies/diabete.html ; dernier accès le 23.10.2025 4 Le portail du Gouvernement suisse: Enquête suisse sur la santé 2022: Le surpoids ou l’obésité touchent 43% de la population. https://www.news.admin.ch/fr/nsb?id=103229 ; dernier accès le 23.10.2025 5 Office fédéral de la statistique: Consommation de tabac (âge: 15+). https://ind.obsan.admin.ch/fr/indicator/monam/consommation-de-tabac-age-15 ; dernier accès le 23.10.2025 6 Gaillard L et al.: Trends in avoidable hospitalizations for heart failure in Switzerland (1998–2018): A cross-sectional analysis. Healthcare 2024; 12: 2547 7 Stucki S et al.: What drives health care spending in Switzerland? Findings from a decomposition by disease, health service, sex, and age. BMC Health Serv Res 2023; 23: 1149 8 Reich O et al.: An integrated care model in Switzerland: Evaluation of cost and quality of care. BMC Health Serv Res 2016; 16: 1-9 9 Stehli J, Stähli BE: Sex-specific aspects of the chronic coronary syndrome. Cardiovasc Med 2023; 26: 146-517 10 Krogsbøll LT et al.: General health checks in adults for reducing morbidity and mortality from disease. Cochrane Database Syst Rev 2019; 1: Cd009009 11 Gonzalez-Salvado et al.: SCORE2 risk prediction algorithms: new models to estimate 10-year risk of cardiovascular disease in Europe. Eur Heart J 2021; 42: 2439-54 12 https://agla.ch/fr/calculateurs-outils/calculateur-de-risque-du-gsla ; dernier accès le 23.10.2025 13Dorresteijn JA et al.: Development and validation of a prediction rule for recurrent vascular events based on a cohort study of patients with arterial disease: the SMART risk score. Heart 2013; 99: 866-72 14 Kaasenbrood L et al.: Estimated life expectancy without recurrent cardiovascular events in patients with vascular disease: The SMART-REACH model. J Am Heart Assoc 2018; 7: e009217 15 Visseren FLJ: 2021 ESC Guidelines on cardiovascular disease prevention in clinical practice: Developed by the Task Force for cardiovascular disease prevention in clinical practice with representatives of the European Society of Cardiology and 12 medical societies With the special contribution of the European Association of Preventive Cardiology (EAPC). Eur Heart J 2021; 42: 3227-337 16 Ambrosetti M et al.: Secondary prevention through comprehensive cardiovascular rehabilitation: From knowledge to implementation. 2020 update. A position paper from the Secondary Prevention and Rehabilitation Section of the European Association of Preventive Cardiology. Eur J Prev Cardiol 2021; 28: 460-95 17 Cuomo G et al.: Exercise training in patients with heart failure: from pathophysiology to exercise prescription. Rev Cardiovasc Med 2022; 23: 144 18 Tessitore E et al.: Cardiovascular rehabilitation delivery and outcomes in Switzerland in more than a hundred thousand patients over the last decade. J Cardiopul Rehabil Prev 2023; 43: 305-7 19 Prasad K: Current status of primary, secondary, and tertiary prevention of coronary artery disease. Int J Angiol 2021; 30: 177-86
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