Conséquences neuropsychologiques à long terme après une méningo-encéphalite verno-estivale
Auteur:
Dr méd. univ. Vincent Böhm, MSc
Universitätsklinik für Neurologie
Kepler Universitätsklinikum
Johannes Kepler Universität Linz
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La méningo-encéphalite verno-estivale (MEVE) connaît à nouveau une recrudescence dans de nombreuses régions d’Europe, malgré la disponibilité d’un vaccin. Outre les complications neurologiques bien connues, les séquelles neuropsychologiques à long terme, souvent très handicapantes au quotidien pour les personnes concernées, suscitent un intérêt croissant. Des études récentes indiquent que ces limitations peuvent notamment toucher également des patient·es plus jeunes.
Keypoints
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Un grand nombre de patient·es atteint·es de MEVE rapportent des séquelles neuropsychologiques à long terme.
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La fatigue ainsi que les troubles de la mémoire et de la concentration figurent parmi les symptômes persistants les plus fréquents.
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Même des patient·es jeunes et initialement atteint·es de formes bénignes peuvent être significativement touché·es.
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Il manque encore à ce jour des méthodes d’évaluation standardisées et des concepts de réadaptation structurés.
Épidémiologie et évolution clinique
La méningo-encéphalite verno-estivale (MEVE) est une maladie virale transmise par les tiques et figure, avec plus de 3500 cas déclarés chaque année, parmi les encéphalites virales les plus fréquentes en Europe.1, 2 Le virus de la MEVE appartient au genre des flavivirus. En Europe centrale, la transmission est principalement assurée par Ixodes ricinus, de sorte que le risque d’infection suit le cycle d’activité saisonnier des tiques. Le pic d’incidence se situe durant les mois chauds, entre mai et août, mais des infections restent possibles tout au long de l’année. Depuis l’introduction de la surveillance européenne par le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies (ECDC) en 2012, une augmentation significative du nombre de cas de MEVE a été observée. Entre 2012 et 2020, 130 régions supplémentaires ont été classées comme zones d’endémie, soit une augmentation d’environ 30% en huit ans.3
En Europe centrale, le sous-type européen du virus de la MEVE prédomine et présente généralement une évolution biphasique. Après une première phase pseudo-grippale, jusqu’à 70% des personnes infectées développent, après quelques jours à quelques semaines, une manifestation neurologique. Celle-ci peut aller d’une méningite à une méningo-encéphalite, jusqu’à des formes radiculaires ou myélitiques. La méningo-encéphalite est la forme la plus courante, avec une atteinte fréquente du parenchyme cérébral, en particulier des noyaux gris centraux et du cervelet. Sur le plan clinique, on observe des tremblements, une ataxie, une instabilité de la marche, une dysphasie ainsi que, parfois, des crises épileptiques, des atteintes des nerfs crâniens ou des troubles autonomes. Selon le type d’atteinte, des parésies centrales ou périphériques peuvent apparaître. La mortalité se situe entre 1 et 2%. L’âge avancé, les comorbidités et le sexe masculin sont considérés comme des facteurs de risque de formes sévères et de récupération retardée.4–6
Conséquences neuropsychologiques à long terme
Alors qu’environ 30 à 50% des personnes concernées développent des déficits neurologiques durables, la proportion de patient·es souffrant de troubles neuropsychologiques persistants est nettement plus élevée. Des études rétrospectives et prospectives rapportent des prévalences pouvant atteindre 67%. Les symptômes les plus fréquents incluent la fatigue, les troubles de la concentration et de la mémoire ainsi que les troubles du sommeil.7, 8 Les fréquences rapportées varient toutefois considérablement, en raison de différences dans les protocoles d’étude, les durées de suivi et les méthodes d’évaluation.9
Une revue systématique de Sellner et al. n’a identifié que 15 études appropriées, présentant une hétérogénéité méthodologique marquée. Il est apparu que les limitations motrices avaient tendance à diminuer avec le temps, tandis que les déficits neuropsychologiques – notamment les troubles de la mémoire, de la concentration et du sommeil – augmentaient au fil du temps et persistaient après douze mois chez environ 19 à 24% des personnes concernées.9
La plus grande étude allemande réalisée à ce jour, incluant plus de 500 patient·es rétrospectivement recensé·es, a confirmé ces observations. Les troubles de la mémoire et de la concentration ainsi que l’instabilité de la marche étaient les symptômes les plus fréquemment rapportés. La réduction la plus importante des symptômes a été observée durant les deux à quatre premiers mois; par la suite, la récupération s’est nettement ralentie et a particulièrement stagné après huit mois.7 Cette évolution temporelle revêt donc également une importance pronostique pour la prise en charge clinique.
Une étude de cohorte norvégienne a par ailleurs démontré l’impact concret de ces symptômes dans la vie quotidienne: plus de 38% des personnes concernées rapportaient encore, douze mois plus tard, des symptômes invalidants, notamment une fatigue (28%), des troubles de la concentration (13%) et de la mémoire (12%).10 Plus de 30% faisaient état d’une diminution de leurs capacités professionnelles; beaucoup avaient dû réduire leur temps de travail ou changer d’emploi.7
Tableau 1: Sélection d’études donnant un aperçu des séquelles neurocognitives à long terme (liste non exhaustive)
Déficits objectivables et groupes à risque particuliers
Comme des symptômes tels que la fatigue ou les troubles de la concentration sont également fréquents dans la population générale, ils ont été comparés à des groupes témoins. Une étude prospective slovène a montré que les troubles de la mémoire et de la concentration étaient significativement plus fréquents des années après une MEVE que chez des témoins sains.11
En 2024, une étude lituanienne utilisant la MATRICS Consensus Cognitive Battery a fourni des données neurocognitives objectivables particulièrement intéressantes. Après six mois, des déficits de vitesse de traitement et d’attention ainsi que d’apprentissage verbal et visuel ont été observés. Il était particulièrement frappant que les jeunes adultes âgé·es de 18 à 39 ans obtenaient, dans certains domaines cognitifs, des résultats inférieurs à ceux des personnes témoins du même âge. Après 18 mois, les résultats objectifs des tests s’étaient normalisés, mais des symptômes subjectifs persistaient encore chez environ deux tiers des personnes concernées.8
Les enfants peuvent également être touché·es par des séquelles à long terme significatives. Des études montrent que jusqu’à 60% des personnes infectées rapportent des symptômes persistants après l’infection. Les examens neuropsychologiques ont mis en évidence, chez une proportion significative des patient·es, des troubles des fonctions exécutives, des déficits attentionnels et un ralentissement psychomoteur.12,13
Conclusion
Les séquelles neuropsychologiques à long terme après une MEVE sont fréquentes, cliniquement pertinentes et touchent non seulement les groupes à risque classiques, mais aussi les patient·es jeunes et initialement atteint·es de formes bénignes. Les répercussions sur la vie quotidienne, la capacité de travail et la qualité de vie sont considérables. Malgré des données de plus en plus nombreuses, les résultats des études demeurent hétérogènes. Des outils d’évaluation standardisés ainsi que des concepts de réadaptation ciblés sont urgemment nécessaires afin d’améliorer durablement la prise en charge à long terme de ce groupe de patient·es.14
Littérature:
1 Polienko AE et al.: Tick-borne encephalitis virus subtypes: mono- and mixed infection in specific and non-specific ticks. Front Cell Infect Microbiol 2025; 15: 1568449 2 Tick-borne encephalitis – Annual Epidemiological Report for 2022; https://www.ecdc.europa.eu/en/publications-data/tick-borne-encephalitis-annual-epidemiological-report-2022 Date Accessed 12/22/2025 3 Van Heuverswyn J et al.: Spatiotemporal spread of tick-borne encephalitis in the EU/EEA, 2012 to 2020. Euro Surveill 2023; 28(11): 2200543 4 Worku DA: Tick-borne encephalitis (TBE): From tick to pathology. J Clin Med 2023; 12(21): 6859 5 Skudal H et al.: Tick-borne encephalitis in Norway: A cohort study of clinical course and health-related quality of life at three- and twelve-month follow-up. Eur J Clin Microbiol Infect Dis 2026; 45(2): 567-79 6 Lindquist L, Vapalahti O: Tick-borne encephalitis. Lancet 2008; 371(9627): 1861-71 7 Nygren TM et al.: Recovery and sequelae in 523 adults and children with tick-borne encephalitis in Germany. Infection 2023; 51(5): 1503-11 8 Griška V et al.: Long-term neurological and neurocognitive impairments after tick-borne encephalitis in Lithuania – a prospective study. Infect Dis (Lond) 2024; 56(9): 732-42 9 Halsby K et al.: Clinical spectrum and dynamics of sequelae following tick-borne encephalitis virus infection: A systematic literature review. Open Forum Infect Dis 2025; 12(6): ofaf317 10 Skudal H et al.: Tick-borne encephalitis in Norway: A cohort study of clinical course and health-related quality of life at three- and twelve-month follow-up. Eur J Clin Microbiol Infect Dis 2026; 45(2): 657-79 11 Bogovič P et al.: The long-term outcome of tick-borne encephalitis in Central Europe. Ticks Tick Borne Dis 2018; 9(2): 369-78 12 Fowler Å et al.: Tick-borne encephalitis carries a high risk of incomplete recovery in children. J Pediatr 2013; 163(2): 555-60 13 Schmolck H et al.: Neurologic, neuropsychologic, and electroencephalographic findings after European tick-borne encephalitis in children. J Child Neurol 2005; 20(6): 500-8 14 Halsby K et al.: Evaluating the need for standardised disease manifestation categories in patients infected with the tick-borne encephalitis virus: A Delphi panel. Ticks Tick Borne Dis 2025; 16(1): 102431 15 Mickiene A et al.: Tickborne encephalitis in an area of high endemicity in lithuania: disease severity and long-term prognosis. Clin Infect Dis 2002; 35(6): 650-8 16 Veje M et al.: Tick-borne encephalitis sequelae at long-term follow-up: a self-reported case-control study. Acta Neurol Scand 2016; 134(6): 434-41 17 Czupryna P et al.: Sequelae of tick-borne encephalitis in retrospective analysis of 1072 patients. Epidemiol Infect 2018; 146(13): 1663-70 18 Kohlmaier B et al.: Clinical characteristics of patients with tick-borne encephalitis (TBE): A European multicentre study from 2010 to 2017. Microorganisms 2021; 9(7): 1420
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