Dermatite atopique: données actuelles sur les médicaments biologiques et les inhibiteurs de JAK
Compte-rendu:
Reno Barth
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Aujourd’hui, les cas sévères de dermatite atopique sont traités à l’aide de médicaments biologiques ou d’inhibiteurs de Janus kinase (JAK). Dans son exposé, la Pre Dre méd. Dagmar Simon, de Berne, a présenté les données actuelles qui confirment la bonne efficacité de ces traitements et l’amélioration de la qualité de vie obtenue. Un inhibiteur de JAK topique pourrait être autorisé dans un avenir proche.
Une mise à jour de la directive EuroGuiDerm relative à la prise en charge de la dermatite atopique (DA) a été publiée en 2025, car les données ainsi que les autorisations disponibles ont évolué à plusieurs reprises depuis la première publication de cette directive fondée sur des preuves et un consensus.1 La directive prévoit une intensification du traitement en fonction de la sévérité de la DA. Le traitement de fond consiste à appliquer régulièrement des émollients et à éviter les facteurs déclenchants; à mesure que la maladie s’aggrave, on ajoute ensuite des corticoïdes ou des inhibiteurs de la calcineurine topiques, ainsi que, à l’avenir, des inhibiteurs de JAK topiques. En cas de maladie sévère, on dispose désormais d’un choix plus large de traitements systémiques. Celui-ci comprend les traitements conventionnels plus anciens tels que la ciclosporine, le méthotrexate et l’azathioprine, les médicaments biologiques dupilumab, lébrikizumab, tralokinumab et némolizumab, ainsi que les inhibiteurs de JAK abrocitinib, baricitinib et upadacitinib.
Résultats thérapeutiques optimaux chez près de la moitié des patient·es
La Pre Dre méd. Dagmar Simon, de Berne, a expliqué ce dont les nouveaux traitements étaient capables, en prenant l’exemple de l’inhibiteur de l’IL-13 tralokinumab, qui a permis d’atteindre des critères d’évaluation à la fois objectifs et subjectifs («patient-reported») dans des conditions de vie réelle chez une grande partie des patient·es. Présentée lors du congrès de l’American Academy of Dermatology (AAD), l’étude TRACE a montré que 73% des patient·es avaient atteint à la fois des ClinRO («clinician-reported outcomes») modérés et des PRO («patient-reported outcomes») modérés en l’espace de 12 mois, et 42% des patient·es des ClinRO et des PRO optimaux (Fig.1); parmi ceux-ci figuraient notamment une réponse EASI 90, un score IGA 0/1 (disparition quasi totale ou totale des lésions) et des démangeaisons ne dépassant pas un point sur l’échelle d’évaluation numérique (NRS).2 Une nouvelle analyse de l’étude TRACE a confirmé, dans des conditions de vie réelle, la bonne efficacité du tralokinumab dans la DA difficile à traiter avec atteinte des mains et des pieds. Au bout de 12 mois, les signes correspondants de DA avaient disparu chez 57,4% des patient·es présentant une atteinte initiale des mains et des pieds. Les PRO se sont également améliorés au sein de cette population. Dans l’ensemble, les améliorations observées dans ce sous-groupe étaient comparables à celles dans la population totale de l’étude.3
Fig.1: Amélioration significative de l’activité de la maladie sous tralokinumab (adaptée selon Pink AE et al. 2026)2
De nouvelles données ont également été présentées lors du congrès 2026 de l’AAD concernant le lébrikizumab, un autre anticorps dirigé contre l’IL-13. Une analyse de sous-groupes de deux essais randomisés contrôlés a cherché à déterminer l’effet du lébrikizumab chez les patient·es qui n’avaient pas atteint le critère d’évaluation primaire des études (réponse EASI 75 à 16 semaines), mais néanmoins poursuivi le traitement. L’analyse a montré, au cours des semaines suivantes, de nouvelles améliorations des indices de sévérité, quelle que soit la localisation. Aux semaines 24 et 52, respectivement 57,6 et 75,5% des patient·es avaient atteint le critère d’évaluation primaire de réponse EASI 75.4 «Le message à retenir, c’est qu’il ne faut pas arrêter ou changer de traitement trop tôt, car, même chez les patient·es qui ne présentent pas une bonne réponse au début du traitement, de bons résultats peuvent être obtenus si le traitement est poursuivi un peu plus longtemps», a déclaré D. Simon.
Il y a également du nouveau concernant l’anticorps monoclonal humanisé dirigé contre le récepteur de l’IL-31 némolizumab. Les résultats montrent qu’une réponse tardive est également possible sous némolizumab. Les patient·es qui ne présentent qu’une réponse clinique partielle ou minimale à la semaine 16 ont de bonnes chances d’atteindre les objectifs, tels qu’un score IGA 0/1, s’ils·elles poursuivent le traitement.5
Les inhibiteurs de JAK agissent rapidement, mais nécessitent une surveillance
Une analyse de l’étude AD-VISE portant sur l’inhibiteur de JAK upadacitinib a mis en évidence l’effet significatif de l’obtention d’une activité minimale de la maladie sur la qualité de vie et d’autres PRO. Elle a révélé que l’atteinte d’objectifs thérapeutiques optimaux était associée à des chances d’amélioration des PRO jusqu’à plus de huit fois supérieures à celles observées avec l’atteinte d’objectifs thérapeutiques modérés. 72,3% des patient·es présentant une activité minimale de la maladie ont également obtenu un score DLQI (Dermatology Life Quality Index) de 0 ou 1. En cas d’activité modérée de la maladie, seulement 21,7% des patient·es présentaient un score DLQI de 0 ou 1. L’analyse a également montré que, au bout de six mois et indépendamment des traitements antérieurs par des médicaments biologiques, plus de la moitié des patient·es avaient obtenu une réponse EASI 90 pour la région de la tête et du cou.6
Sur la base des données issues de l’étude AD-VISE, l’efficacité de l’upadacitinib a également été évaluée pour les différentes régions du corps, en fonction de la sévérité de la maladie et des traitements antérieurs par des médicaments biologiques. Le résultat a confirmé sa bonne efficacité. Plus de la moitié des patient·es ont obtenu au moins une réponse EASI 90 pour l’ensemble des régions du corps au bout de six mois, indépendamment de la sévérité de la maladie au début du traitement et des traitements antérieurs par des médicaments biologiques.7 D. Simon a souligné que cela valait également pour la région de la tête et du cou, difficile à traiter.
Une revue des études de phase III «Measure Up 1», «Measure Up 2» et «AD Up» fournit des données de sécurité à long terme concernant l’upadacitinib chez une population d’adultes et d’adolescent·es atteint·es de DA modérée à sévère. La durée d’exposition de certain·es participant·es a atteint jusqu’à six ans. L’analyse a porté sur les données de 2683 patient·es et plus de 9000 patient·es-années. Comme on pouvait s’y attendre, les données ont mis en évidence une incidence relativement élevée du zona et, dans une moindre mesure, d’autres infections sévères. Les événements cardiovasculaires et thromboemboliques étaient relativement fréquents, en particulier chez les patient·es âgé·es. Toutefois, les données montrent également que les événements indésirables sont restés au même niveau dans tous les groupes de moins de 65 ans, tandis qu’une augmentation a été observée dans les groupes de 65 ans et plus. Aucun événement cardiovasculaire significatif n’a été observé chez les personnes âgées de moins de 49 ans.8 Selon D. Simon, ces données montrent qu’il convient de sélectionner et de suivre avec soin les patient·es devant recevoir un inhibiteur de JAK, conformément aux recommandations des directives. Il est également important d’informer les patient·es qu’ils·elles doivent consulter un médecin en cas de signes d’infection sévère et, le cas échéant, arrêter le médicament.
Nouveaux traitements topiques en perspective au-delà des corticoïdes
De nouvelles avancées se profilent également dans le domaine des traitements topiques. Le ruxolitinib est un inhibiteur sélectif de JAK1 et JAK2 utilisé en tant que traitement systémique en hématologie. Une formulation topique a été mise au point pour la dermatologie et fait notamment l’objet d’études dans le cadre de l’indication DA. Dans l’étude de phase IIIb randomisée en double aveugle TRuE-AD4, le ruxolitinib topique s’est révélé significativement supérieur au placebo en ce qui concerne les deux critères d’évaluation primaires: un score IGA de 0 ou 1 avec une amélioration d’au moins deux points par rapport à la valeur initiale, ainsi qu’une réponse EASI 75, tous deux évalués à la semaine 8. Une amélioration significative des démangeaisons a été constatée dès le deuxième jour de traitement. Une analyse de l’étude TRuE-AD4, présentée dans le cadre du congrès 2026 de l’AAD, a désormais montré que le traitement par le ruxolitinib entraînait également des améliorations significatives de la qualité de vie. Cette substance pourrait aussi permettre de retarder le recours à un traitement systémique.9 À l’heure actuelle, le ruxolitinib topique est autorisé en Europe dans le vitiligo non segmentaire avec atteinte faciale. La procédure d’autorisation pour l’indication DA est en cours.
Dans le cas de l’eczéma chronique des mains, on utilise l’inhibiteur pan-JAK topique delgocitinib. Les résultats de la prolongation de l’étude de phase III DELTA 3 ont été présentés lors du congrès 2026 de l’AAD. L’analyse a montré que les améliorations observées à la semaine 16 se sont maintenues tout au long de la période de suivi d’un an, à condition que le traitement soit poursuivi. Cela s’est notamment traduit par des améliorations en matière de productivité, d’absentéisme, de présentéisme et de capacité à réaliser des activités quotidiennes.10
Source:
«Dermatite atopique, urticaire et prurigo nodulaire (avec questions et réponses)», exposé de la Pre Dre méd. Dagmar Simon, de Berne, lors du 10e Post AAD Highlight Meeting 2026,12 mai 2026, Zurich
Littérature:
1 Wollenberg A et al.: European Guideline (EuroGuiDerm) on atopic eczema: living update. J Eur Acad Dermatol Venereol 2025; 39(9): 1537-66 2 Pink AE et al.: Minimal disease activity with 12 months of tralokinumab treatment in adults with atopic dermatitis: real-world data from the prospective, non-interventional, international TRACE study. Présenté lors de l’American Academy of Dermatology Annual Meeting 2026, 27–31 mars 2026, Denver 3 Armstrong AW et al.: Real-world effectiveness of 12 months tralokinumab in 495 adult atopic dermatitis patients with hand and feet involvement: final data from the prospective, non-interventional, international TRACE study. Présenté lors de l’American Academy of Dermatology Annual Meeting 2026, 27–31 mars 2026, Denver 4 Schlesinger T et al.: Lebrikizumab clinical responses in eczema area and severity index clinical signs across body regions in patients with moderate-to-severe atopic dermatitis who required longer than 16 weeks to reach EASI 75 or IGA 0/1 in two randomized controlled cinical trials. Présenté lors de l’American Academy of Dermatology Annual Meeting 2026, 27–31 mars 2026, Denver 5 Silverberg JI et al.: Continuous response with Nemolizumab – efficacy and safety up to 104 weeks in patients with moderate-to-severe atopic dermatitis and partial or delayed skin response at Week 16 – post-hoc analyses from the ARCADIA LTE trial. Présenté lors de l’American Academy of Dermatology Annual Meeting 2026, 27–31 mars 2026, Denver 6 Gooderham M et al.: Real-world effectiveness of Upadacitinib for atopic dermatitis across body regions by prior biologic exposure in the AD-VISE Study. Présenté lors de l’American Academy of Dermatology Annual Meeting 2026, 27–31 mars 2026, Denver 7 Beecker T et al.: Achievement of minimal disease activity and moderate treatment targets and patient reported outcomes in the real-world AD-VISE study. Présenté lors de l’American Academy of Dermatology Annual Meeting 2026, 27–31 mars 2026, Denver 8 Bunick CG et al.: Long-term 6-year safety of Upadacitinib in moderate-to-severe atopic dermatitis across ages: results from three phase 3 studies. Présenté lors de l’American Academy of Dermatology Annual Meeting 2026, 27–31 mars 2026, Denver 9 Wollenberg A et al.: Ruxolitinib cream improves patient-reported outcomes in adults with moderate atopic dermatitis (TRuE-AD4). Présenté lors de l’American Academy of Dermatology Annual Meeting 2026, 27–31 mars 2026, Denver 10 Armstrong A et al.: Sustained health-related quality of life and work productivity improvements with Delgocitinib 20 mg/g cream in chronic hand eczema – results from the phase 3 open-label extension DELTA 3 trial. Présenté lors de l’American Academy of Dermatology Annual Meeting 2026, 27–31 mars 2026, Denver
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